De nombreux bars, cafés et tabacs se considèrent déjà comme les « grands perdants » de l’ouverture du marché
Les joueurs peuvent désormais miser sur Internet, pourtant ils continuent à fréquenter les bars. Mais certains gros parieurs désertent les points jeux, rapporte le quotidien régional La Montagne (dont le siège est à Clermont-Ferrand), qui a enquêté sur le sujet…
A l’heure des courses, dans les bars PMU, les clients n’ont pas disparu. Pour Patrice Franco, le patron du Ferry à Yzeure, les clients n’ont pas déserté son établissement: «Les gens aiment le contact. Ils continuent à venir jouer essentiellement pour l’ambiance. Ils se déplacent pour voir les copains. Pour certains, c’est une façon de rompre l’isolement».
Un mois après l’ouverture du marché des jeux d’argent et de hasard sur Internet, il ne constate pas de baisse de fréquentation: «Ceux qui voulaient parier sur Internet le faisaient déjà sur des sites étrangers. Essentiellement des gros clients ».
Il remarque même que de nouveaux clients franchissent la porte de son établissement: «On commence à vendre des tickets qui fonctionnent comme les recharges téléphoniques, qui permettent d’aller jouer sur le web sans utiliser sa carte bancaire. Ça fonctionne bien pour les joueurs de poker, qui sont de plus en plus nombreux».
Au PMU des Champins, c’est davantage la crise qu’Internet qu’on incrimine: «La baisse, on la sent vraiment depuis le début de l’année, note Daniel Bonali. Et la cause principale, c’est le manque d’argent. Les jeux sur Internet, ce n’est pas flagrant pour moi, même si c’est un peu tôt pour savoir».
Même observation au Bercy, à Avermes: «C’est calme avec les vacances, mais les chiffres se tiennent par rapport à l’an dernier à la même époque, compte Marie-José Ranger. C’est surtout la crise que l’on ressent depuis un peu moins d’un an».
Et Raymond Bouculat, le patron du Celtic à Moulins, se dit que «même s’il faut voir à la longue, pour l’instant il n’y pas de conséquences notables. En plus, avec la Coupe du monde, on a eu plus de paris que d’habitude. Et les habitués viennent essentiellement pour les copains et l’ambiance». Le principal coup dur pour son établissement a surtout été l’interdiction de fumer: «Les parieurs se sont mis à jouer de chez eux pour pouvoir fumer en regardant les courses. Idem pour le Rapido. Heureusement, j’ai aussi des joueurs qui reviennent pour l’ambiance depuis qu’ils ont arrêté de fumer».
Dominique Margottat, de la brasserie Le Rétro (centre commercial de Carrefour), est plus en nuancé: «La baisse de fréquentation actuelle peut être liée aux vacances. Mais il est aussi possible qu’Internet y soit pour quelque chose. Nous serons fixés à la rentrée».
Certains propriétaires de points jeux, qui préfèrent garder l’anonymat, sont beaucoup plus inquiets, car pour eux, la baisse est déjà bien réelle. «Même avec l’effet Coupe du monde, où on a vu arriver plein de nouveaux clients, notamment des femmes, la baisse est bien réelle. Le plus frappant, c’est qu’on a perdu des gros clients. Certains qui jouaient jusqu’à 150 euros par jour. Et ceux-là, ils ne reviendront jamais et je suis sûr qu’ils n’ont pas arrêté de jouer», s’inquiète la patronne d’un tabac-presse.
Un autre a aussi remarqué une baisse de fréquentation et de chiffre d’affaires. Sans vouloir en dire plus, il lâche: «Les très gros joueurs, ceux qui peuvent par exemple miser plusieurs fois 500 euros dans la même journée, préfèrent la discrétion derrière leur ordinateur».
Source: La Montagne













