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Emmanuel de Rohan Chabot : “Nous sommes en deçà de nos prévisions”

Publiée le 19 avr 2011 // Infos

Emmanuel de Rohan Chabot, fondateur et pédégé de ZEturf le dit : personne ne sera véritablement “gagnant” tant que la loi n’aura pas été revue. Il regrette que le PMU ne se conforme pas aux positions de l’Autorité de la Concurrence et affirme qu’il envisage toujours de se lancer dans le poker…

L’heure du premier bilan est venue. Quel est celui de ZEturf, un peu moins d’un an après l’ouverture officielle du marché français?

Nous sommes le premier des “nouveaux entrants” sur le marché français, loin devant nos nouveaux concurrents. Notre position de challenger est donc confirmée; cependant, force est de constater que les conditions de ce marché sont difficiles et c’est un euphémisme.

Pour être clair, êtes-vous en deçà ou au-delà de vos prévisions?

Nous sommes en deçà de nos prévisions. Le plafonnement du TRJ, et, conjointement, le très haut niveau de prélèvement imposé à l’industrie en général, et aux paris hippiques en particulier, expliquent ce manque de dynamisme du marché.

Peut-on dire que le marché des paris hippiques est l’autre bonne surprise de cette ouverture, avec le poker?

Ce n’est pas vraiment une surprise. Le pari hippique est une activité culturellement très implantée en France. Le pari sportif est lui une nouveauté, qui semble peiner à démarrer. Le poker bénéficie à la fois d’un phénomène de mode, d’acteurs très agressifs sur le plan marketing et d’une fiscalité beaucoup moins défavorable. Ceci étant dit, le maintien des conditions fiscales actuelles profite surtout aux acteurs qui n’ont pas de licence et qui continuent à exercer en dehors des règles françaises.

On a presque l’impression que les deux premiers grands gagnants de cette ouverture sont PokerStars et… ZEturf. Vous partagez cette analyse?

Pour les raisons évoquées avant, c’est fort possible. Nous exerçons notre activité sur un segment de marché bien implanté en France. On peut aussi noter sans doute qu’il y a une prime aux spécialistes qui ne se sont pas dispersés sur l’ensemble des segments du marché. ZEturf est un spécialiste du pari hippique, très attentif à la qualité de son produit, tant au niveau des contenus que de la réactivité du site et bien sûr du niveau élevé des rapports. Nous affichons depuis l’ouverture le meilleur TRJ du marché. Ceci explique sans doute cela. Mais les vrais gagnants, pour l’instant, sont les deux anciens monopoles, qui bénéficient de l’appui considérable de leur réseau en dur et dictent leurs conditions au marché.
Évidemment, tant que la loi n’est pas revue, personne n’est véritablement “gagnant”.

Pouvez-vous nous détailler les changements qui s’imposent, selon vous?

Le premier, nous l’avons déjà mentionné : c’est l’évolution du TRJ et, partant, de la fiscalité. Il est aujourd’hui impossible aux sites licenciés en France de proposer une offre réellement concurrentielle avec les opérateurs du “marché gris”; et comme il est impossible à l’Arjel de bloquer efficacement ces derniers… Il faut donc impérativement permettre aux opérateurs de proposer des TRJ, et donc des rapports, plus attractifs. Deux mesures sont aujourd’hui urgentes : le déplafonnement du TRJ, ou tout au moins la fixation de plafond plus élevés, et l’évolution de la fiscalité. Je pense qu’une taxation basée sur le PBJ serait aujourd’hui la seule à refléter la réalité économique de notre activité.
Le second, c’est de permettre aux opérateurs d’élargir leur gamme de produits, en particulier pour les courses hippiques en nous donnant la liberté de proposer plus de courses aux parieurs, notamment à l’étranger. Nous sommes aujourd’hui contraints de n’offrir que les courses déjà proposées au pari par le PMU. Quel est l’intérêt d’un marché ouvert quand l’ancien monopole continue à fixer l’offre? Par ailleurs, de nombreux modes de paris connaissent un grand succès à l’étranger et nous sont interdits : nous pourrons ainsi offrir des paris hippiques mutuels en “live”, pendant la course, mais là encore le marché est bloqué par l’opérateur historique.

Que pensez-vous de l’avis qu’a rendu l’Autorité de la Concurrence, en particulier sur le secteur des courses hippiques?

Il est limpide : il faut scinder les activités, et donc les masses d’enjeux du PMU “en dur” et du PMU en ligne. Ce dernier bénéficie à l’heure actuelle d’une distorsion de concurrence insurmontable en appuyant et en finançant son activité concurrentielle en ligne sur son activité en dur, sur rentable puisque protégée par le monopole.
Il faut sans doute également séparer le PMU, preneur de pari des Sociétés de courses, organisatrices de l’évènement. Une telle intégration verticale est interdite dans les paris sportifs, pourquoi demeurerait-elle la règle dans les paris hippiques? Nous ne pouvons établir de partenariat réel avec les Sociétés de courses tant qu’elles demeurent les propriétaires de notre principal concurrent.

Quelles seront les conséquences de cet avis?

Dans le domaine hippique, elles seront nulles si les pouvoirs publics ne décident pas de les faire appliquer. Le PMU semble n’avoir aucune intention de s’y conformer s’il n’y est pas contraint.

Les privatisations du PMU et de la FDJ sont-elles indispensables pour que l’ouverture du marché français soit réelle?

Il serait sans doute sain que la FDJ soit privatisée. L’État ne peut être un régulateur impartial tant qu’il est aussi un des principaux acteurs du marché.

Pour le PMU, c’est plus complexe, et en même temps pire : le PMU n’appartient pas à l’État, mais aux Sociétés de Courses, qui organisent les épreuves. Que dirait-on si le principal opérateur de paris sportifs appartenait à, disons, la ligue de Football ou à un syndicat des clubs de première division? C’est une situation ubuesque.

Comment expliquez-vous la contre-performance de votre principal concurrent, le PMU, dans le domaine des paris en ligne, alors que sa campagne de publicité est excellente?

À mon sens, et comme je le disais déjà, le marché des paris sportifs en France est quasiment inexistant. Il n’y a pas de culture du pari sportif en France. Il faut donc créer ce marché, ce qui semble s’avérer impossible dans les conditions fiscales actuelles.

Votre masse d’enjeux, qui est déjà considérable, vous permet de fédérer de plus petits concurrents du PMU. C’était au coeur de votre stratégie de conquête du marché?

Oui. La seule façon pour les nouveaux opérateurs de pouvoir concurrencer efficacement l’opérateur historique, à condition que les masses off-line et on-line soient scindées, c’est de mettre en commun leurs enjeux et de pouvoir ainsi offrir des jeux complexes aux rapports attirants, ainsi que des cotes raisonnablement stables. Nous sommes aujourd’hui les seuls en mesure de proposer cette mise en commun.

Il y a un an et demi, vous nous affirmiez que la publicité à la télévision était “socialement dangereuse” et vous souhaitiez qu’elle soit interdite. Avez-vous changé d’avis?

Non, je trouve que le régulateur manque ici de cohérence. Si le jeu est une activité qui doit impérativement être réglementée – ce que je pense – il faut interdire sa promotion à la télévision, au même titre que l’alcool ou le tabac. Ou alors le jeu est une activité commerciale lambda, et alors pourquoi lui fixer des règles, et une fiscalité spécifique? Mais, étant donnés les intérêts en jeu, je doute fort que l’on m’entende!

Dans la même interview, vous nous disiez: “J’espère que l’Arjel aura les moyens de bannir les non-licenciés”. Pensez-vous, comme certains, qu’elle ne les a pas et qu’ils représentent toujours plus de 50% du marché?

Elle ne les a clairement pas. Le différentiel d’attractivité de l’offre pour les raisons évoquées ci-dessus rend illusoire toute étanchéité du marché français. De là à quantifier… Je ne m’y risquerais pas, mais on ne doit pas être loin des 50%.

Quelle est la stratégie de ZEturf pour 2011?

Se concentrer sur l’amélioration du produit et finaliser la constitution de la masse commune. Nous espérons une amélioration des conditions du marché pour pouvoir à la fois élargir notre offre et augmenter le taux de retour aux joueurs.

Vous intéressez-vous toujours au poker? Si oui, quelle sera votre ambition?

La question demeure ouverte. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas l’ambition d’y être un acteur majeur.

Êtes-vous à l’affût de possibles acquisitions? Prêt à vendre? Intéressé par des fusions?

Acquisitions et fusions, pourquoi pas, nous regarderons et il semble que les opportunités ne manqueront pas. Nous ne pensons pas à la vente, notre pacte d’actionnaires ne le prévoit d’ailleurs pas avant au moins 5 ans!

Pour finir, ça valait la peine de passer toutes ces années à Malte?

Mais oui! Il m’arrive même de regretter d’en être sorti! Je parle du climat, bien entendu…

Propos recueillis par Bastien Collins
IGA Magazine

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