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Interview de Pascal Perrault (Full Tilt): « Je ne comprends pas le cloisonnement au niveau de l’Europe »

Publiée le 02 août 2010 // Infos, Interviews

Géant mondial du poker en ligne et doté de la plus prestigieuse équipe de joueurs professionnels (dont le meilleur joueur du monde Phil Ivey), Full Tilt Poker vient d’entrer sur le marché français, résume le JDD.

Le site américain peut aujourd’hui compter sur deux Français, figures historiques du poker hexagonal. En plus de David Benyamine, qui réside à Las Vegas, Pascal Perrault représente la marque dans l’Hexagone. Sur le circuit depuis 15 ans, le premier Français vainqueur d’un European Poker Tour revient sur son parcours et ses nouvelles ambitions.

Pascal, après votre expérience avec Poker770, vous êtes désormais passé chez Full Tilt Poker. C’est un nouveau départ dans votre carrière…

Je suis très fier de faire partie de cette équipe. J’ai toujours tout fait pour gagner des titres, mais avec Full Tilt Poker, ça me ferait vraiment plaisir de faire un résultat. C’est une structure très professionnelle et c’est tellement agréable. Je peux choisir les tournois que je veux faire, ce qui n’était pas le cas avec mon ancien sponsor, qui désirait se montrer sur les EPT. Je vais jouer au Brésil, où je réside, mais aussi de temps en temps en Europe, notamment en France.

Quelle relation avez-vous avec les joueurs de Full Tilt?

C’est une équipe qui regroupe beaucoup d’anciens, avec qui j’ai joué il y a 15 ans, comme Chris Ferguson. Je ne connais pas bien Phil Ivey, avec qui j’ai très peu joué, mais j’ai des amis de longue date, comme Barny Boatman de Hendon Mob (une équipe de pros londoniens).

Vous êtes donc le nouvel ambassadeur de la marque en France. Aurez-vous des coéquipiers?

Je suis un des ambassadeurs, peut-être avec Lacey Jones (la présentatrice et joueuse de poker a fait des études à Paris) et sûrement d’autres. Je ne vais pas m’avancer, mais je pense qu’il y aura une belle équipe française.

Racontez-nous le début de votre parcours.

J’ai commencé il y a 35 ans, en famille, avant d’y jouer à la fac, avec des amis. Ma première véritable expérience de poker fut lors d’un voyage aux Etats-Unis avec mon cousin. Dans une petite ville du Minnesota, à la frontière du Canada, on avait suivi des jeunes dans la cave de notre hôtel pour découvrir le Stud (variante à 7 cartes). On s’était fait raser! J’ai continué à jouer en cash game après la fac de pharmacie et je me faisais raser encore plus cher. Je ne savais pas jouer, mais j’avais un peu d’argent, donc j’en remettais toujours sur la table pour m’amuser. J’étais le fish de la table. Quand j’ai commencé les tournois, tout a changé. J’aime le jeu et je faisais tout pour rester en course. Lors de tournois à Londres et aux Pays-Bas, il y a 15 ans, j’ai rencontré Bruno Fitoussi, qui s’apprêtait à ouvrir l’Aviation (Aviation Club de France, sur les Champs-Elysées). J’y ai joué et j’ai quasiment gagné mes 5 premiers tournois. Je pensais pouvoir devenir un champion, mais je suis parti à Vegas pour disputer les WSOP et je me suis encore fait raser, éliminé lors du Main par Johnny Chan (double champion du monde). Je suis parti pleurer dans ma chambre. A 36 ans, je me suis alors mis à fond dans le poker, en lisant les bouquins. Et puis il y a eu ce tournant de ma vie. J’ai rencontré une nana pour qui j’ai quitté ma femme. Ça s’est mal fini car elle s’est suicidée. J’étais parvenu à changer sa façon de penser pendant 2 ans, mais elle a rechuté. Pour essayer d’oublier, je me suis ainsi lancé sur le circuit. Depuis, cette blessure a cicatrisé.

Comment avez-vous associé le poker avec votre profession de pharmacien?

J’ai des associés qui me permettent de me libérer. Au début de ma carrière dans le poker, je devais m’évader car j’étais donc dépressif. A force de jouer, j’ai progressé et j’ai gagné cet EPT en 2005. J’ai été le premier Français à le faire. J’ai réussi une belle année et j’espère retrouver la même réussite. Mon objectif, c’est d’être le premier Français à gagner 2 EPT. C’est bien plus difficile que de gagner des bracelets.

Comment justifiez-vous ce manque de résultats depuis quelques années?

Cela fait 2-3 que je n’ai pas de bons résultats. Je joue moins, car je me suis occupé de mon école de poker au Brésil. Je suis un peu exilé et je ne peux pas me permettre de rentrer en Europe tous les mois. C’est le problème en tournoi, surtout quand on ne les joue pas tous. Il y a peut-être aussi la manière de jouer des nouveaux. Le poker a changé.

Le niveau a en effet énormément augmenté avec les joueurs d’internet…

Ça se voit, c’est très dur de passer entre les goûtes lors des grands tournois. Les grands joueurs de l’ancienne génération ont également beaucoup de mal. Je dois me refaire une place et c’est un très grand défi.

Comment avez-vous reçu les critiques de la communauté poker après l’annonce de votre sponsoring…

Quand on est sponsorisé, il y a toujours un peu de jalousie. C’est normal et cela ne me dérange pas. Certains de ces jeunes sont bien meilleurs que moi et mériteraient d’être sponsorisé, mais il est plus dur de se faire un nom aujourd’hui. Et puis s’ils jouent au poker, c’est grâce à des vieux comme moi. On a participé à cette évolution du poker, à cette démocratisation. D’un jeu d’arrière-salle des cafés, le poker est devenu un sport intellectuel à part entière. Aux jeunes de gagner les EPT et prendre autant de plaisir que moi!

Full Tilt Poker vient de prendre sa licence française. Quel est votre avis sur l’ouverture du marché?

Je ne comprends pas le cloisonnement au niveau de l’Europe. Nous sommes une communauté économique et le poker aurait pu être régulé dans ce cadre. Il y a une globalisation pour tout, sauf le poker. Maintenant, l’Etat français fait un essai et verra si cela fonctionne ou pas. On peut comprendre la position du gouvernement d’un point de vue fiscal, puisqu’il ne veut pas que l’argent sorte du pays.

Quels conseils donneriez-vous aux débutants?

Le poker est un plaisir. C’est d’abord un jeu. Pour devenir professionnel, c’est vraiment une autre histoire. Pour s’amuser, il ne faut pas se mettre en danger financièrement. Et, surtout, il faut chercher à progresser, en jouant mais aussi en discutant entre amis ou sur internet et en lisant des livresSource: JDD

Source: JDD

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