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Janvier / Février 2011


Ici Londres, à la frontière entre le succès et le monumental “fiasco” de l’ouverture française

Qu’elle est ténue, la frontière qui sépare les grandes réussites des échecs monumentaux! L’ouverture du marché des jeux d’argent en ligne en France peut encore, à l’heure où nous écrivons ces lignes, être un véritable succès… ou un immense “fiasco”, pour reprendre le mot utilisé par Nicolas Béraud, président de BetClic Everest Group, dans l’entretien-événement qu’il nous accorde (à lire en page 14). Pour l’instant, sans sombrer dans un catastrophisme très français, le “fiasco” reste hélas plus probable que le succès. Le coupable est facile à désigner: c’est l’État français, seul et unique responsable de cette abracadabrantesque situation. Le marché existe et il est loin d’être négligeable. Mais tous les acteurs sont déficitaires ! En France et nulle part ailleurs… Ici, à Londres, capitale du pragmatisme économique en Europe, où se tient le salon ICE – ainsi que The London Affiliate Conference (LAC) – qui rassemble tous les acteurs majeurs du secteur, l’aspect ubuesque de la situation n’échappe à personne. Alors que quatre leaders privés s’imposent déjà en France, BetClic Everest Group, bwin, PokerStars et Winamax (lire en page 8), on a du mal à imaginer que subsistent des monopoles d’un autre âge. Les dés sont pipés. En réalité, il faut le dire: l’ouverture ne sera pas réelle tant que la FDJ et le PMU resteront dans le giron de l’État français. N’écoutons pas ceux qui expliquent sans rire que ce sont les sommes colossales allouées aux budgets de publicité qui sont responsables des déficits des opérateurs… et non l’insupportable niveau de taxation imposé par l’État. Sans ces dépenses indispensables, les actuels leaders du marché ne seraient pas leaders. Tout cela n’a donc pas de sens. Que se passera-t-il dans le courant de cette année 2011? Car c’est bel et bien cette année que tout va se jouer. La loi doit être “revue”, sans attendre. Ou le “fiasco” annoncé sera inévitable. On sait bien qu’il ne faut, malheureusement, pas trop compter sur Bruxelles, bien trop prudente et timorée pour imposer les indispensables changements. Non, ce n’est pas à l’échelon européen que les choses peuvent changer. C’est au législateur français d’agir, sans attendre. Mais il ne pourra rien faire sans une réelle volonté politique, au plus haut niveau de l’État. Existe-t-elle? Il reste quelques mois pour en juger. Moult opérateurs sont déjà “à vendre”… et “pour pas cher”, sans être trivial. Nonce Paolini, le patron deTF1, le dit sans prendre de gants (en page 12): le marché français a “beaucoup déçu” les opérateurs. Une litote, afin de s’en prendre à l’État sans taper sur les politiques. La balle est désormais dans le camp du pouvoir en place. Oui, la frontière est souvent ténue entre triomphe… et débâcle.

Julien Saint-Guillaume
JANVIER / FÉVRIER 2011 – NUMÉRO 8

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