L’étau hippique autour des époux Woerth, raconté par l'écrivain Christophe Donner sur la base d'un article du Monde
Toujours pas de preuve de quoique ce soit, et pas de procès, pas d’inculpation, mais un faisceau de soupçons, de présomptions, de déductions. Que restera-t-il de la belle réputation de M. Woerth après tout ça? Une ambassade, un siège de sénateur. La politique est cruelle, résume l'écrivain Christophe Donner sur son blog.
Et de citer Le Monde:
A Longchamp, Wolverine a remporté, mercredi 14 juillet, le Prix de la Fête nationale. "C’est un petit cheval teigneux avec une furieuse envie de gagner", confie Florence Woerth. Manque de chance, la femme du ministre du travail et les 26 autres propriétaires de son écurie de groupe, Dam’s, presque tous liés au milieu de la finance et des courses, ont vendu ce magnifique pur-sang alezan, le 31 mai, pour un picotin d’avoine à un entraîneur.
Pour Eric Woerth aussi, le cheval rime, en ce 14 juillet, avec poisse. En tenue sport, les mains dans les poches, le maire de Chantilly est venu, avec sa femme, faire un tour au bal musette, près du chemin des Obstinés, le long du grand canal qui alimente en eau le parc du château. Les Cantiliens accueillent leur édile comme un héros. Lui a la mine défaite. Toute la journée, il a fait face à cette “suspicion” qui évoque pour lui le “climat des années 1940″, s’efforçant de tordre le cou aux informations du Canard enchaîné et de Marianne, qu’il qualifie de “mensonges”.
En autorisant la vente de l’hippodrome de Compiègne pour 2,5 millions d’euros à la Société de courses, sans mise en concurrence, M. Woerth aurait bradé, en mars, selon les deux hebdomadaires, un terrain appartenant à l’Etat, quelques jours avant de quitter son poste de ministre du budget. “Tout a été fait de façon parfaitement légale, riposte-t-il devant le stand de pêche à la ligne. Le terrain a été vendu 2,5 millions d’euros au prix estimé par le service des Domaines. Ce prix tient compte du caractère inconstructible du terrain en site classé. Qui d’autre pouvait l’acheter puisque la parcelle est un champ de course?”
Se défendre encore et toujours. Depuis que l’affaire Bettencourt a éclaté, le ministre du travail consacre toute son énergie à cela. “Je n’ai pas que des amitiés à l’Office national des forêts (ONF) depuis que j’ai défendu, en 2008, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, le déménagement de leur siège de Paris à Compiègne”, lâche-t-il, persuadé d’être l’objet d’une vengeance. “C’est l’Etat qui a vendu ce terrain”, réagit l’ONF de Compiègne qui gérait jusqu’ici l’hippodrome.
A Chantilly, “c’est le cheval a fait roi M. Woerth, souligne un proche. Il a conquis Chantilly en promettant de sauver l’hippodrome. Il a très vite compris son intérêt politique à soutenir ce milieu.” M. Woerth a vite appris aussi les codes de cet univers où l’argent fraye avec les mondanités. Au point d’apparaître comme le protecteur de la filière
Lorsqu’en 1995, il ravit la mairie de Chantilly à l’UDF, ce fils d’un médecin du travail de Creil, ville socialiste, n’a pourtant pas le pedigree du gentleman-rider. La cité des Condé n’est plus qu’une belle endormie. Nicolas Sarkozy, ministre du budget, pour éponger les dettes de France Galop, société parapublique, aurait voulu fermer l’hippodrome. Rien ne dit alors que le prince Karim Aga Khan, héritier des écuries de son grand père, à Gouvieux, ville limitrophe de Chantilly, acceptera de le sauver. M. Woerth enrôle Charles Baur, le patron (UDF) de la région Picardie, et Jean-François Mancel, président (RPR) du conseil général, dans l’opération de sauvetage. “La bagarre pour l’hippodrome, je l’ai menée tout seul”, confie M. Woerth.
Le projet peine pourtant à se concrétiser. Il décolle avec l’aide d’Hubert Monzat, nommé sous-préfet de l’Oise, en 1999. Ce passionné de chevaux favorise le rapprochement entre les élus et l’Aga Khan. Le 8 juin, une réunion de travail chez le prince-mécène acte un accord entre Jean-Luc Lagardère, patron de France Galop, alors seul gestionnaire de l’hippodrome, M. Mancel, M. Baur, M. Woerth et Pierre Messmer, représentant de l’Institut de France, propriétaire de l’hippodrome. L’entente débouche, en 2002, sur un groupement d’intérêt public. A travers ce dernier, 25 millions d’euros sont injectés pour des travaux.
Après l’hippodrome, le château. L’Aga Khan se laisse convaincre par M. Woerth et l’historien Alain Decaux de créer une “fondation pour la sauvegarde du domaine de Chantilly”. 70 millions d’euros sont programmés sur dix ans, dont 40 millions par l’Aga Khan, 13 millions par l’Institut de France, 10 par l’Etat, 5 par la région et le département. M. Woerth assure ainsi la pérennité touristique de sa ville sans que la région et le département passés à gauche trouvent jusqu’à aujourd’hui motif à critiques.
M. Woerth n’en est pas moins accusé, par son opposition de “tout faire pour les entraîneurs, rien que pour les entraîneurs”, déplore Christian Gautellier, conseiller municipal (PS) à Chantilly. “Pas un logement social de plus, accuse-t-il, depuis 1995 ! En revanche, la ville prévoit la construction d’une résidence exclusivement réservée aux lads.”
Depuis 2002, Chantilly ne taxe plus les 115 écuries de sa commune. En 2001, les entraîneurs de chevaux de course ont obtenu la suppression de la taxe professionnelle. L’initiative est partie d’Alain Lambert, sénateur de l’Orne et ministre du budget, et de Jean Arthuis, sénateur centriste de la Mayenne. “J’étais d’accord”, confie M. Woerth, élu en 2002 député de la quatrième circonscription de l’Oise. “La rançon du soutien des entraîneurs à toutes les élections”, accuse Eric Denis, élu (PS) de Chantilly.
Plus récemment, le sort de Chantilly a été étroitement lié au projet de loi sur les paris en ligne voté en avril. “Il se trouve qu’Eric Woerth par amitié me nomme à son cabinet, au ministère du budget, raconte Hubert Monzat. “Ça, c’est un dossier pour toi”, me dit-il.” M. Woerth se bat alors “pour obtenir que le Pari Mutuel garde son monopole des paris autres qu’en ligne et pour que la filière hippique perçoive une redevance sur les recettes des paris”, se souvient M. Monzat, devenu depuis juillet 2008, directeur général de France Galop.
Quand Jacques Myard, député (UMP) des Yvelines, dépose, à l’automne 2009, un amendement autorisant les communes où se déroulent des courses de percevoir une part de la taxe prélevée sur les paris, M. Woerth ne l’en décourage pas. Chantilly peut compter tirer 530.000 euros par an de cette nouvelle manne. Voire jusqu’à 800.000 euros si l’hippodrome passe de vingt à quarante jours de courses par an, en 2011 comme c’est prévu.
Source: Le blog de Christophe Donner


