La modernisation de la loterie nationale espagnole suscite bien des remous
Ca bouge dans les loteries européennes. Après le rachat par un fonds canadien de la britannique Camelot, la mise en place de nouveaux contrats de distribution secoue la loterie espagnole. Ses concessionnaires y voient un risque de privatisation. Ils menacent de faire grève.

La décision de Loterias y Apuestas del Estado (LAE), la loterie espagnole, d’élargir son réseau de distribution, en nouant de simples contrats commerciaux avec les candidats à la vente de tickets de loterie (bars, bureaux de tabac, vendeurs de journaux, etc.), fait des vagues du côté des concessionnaires officiels actuels, qui y voient une privatisation rampante de leur profession. Une partie des 4.000 petites et moyennes entreprises chargées de la gestion des quelque 10.000 points de vente travaillant pour l’entité publique de gestion des jeux en Espagne menacent même de faire grève en avril. Selon eux, ce projet va écorner l’exclusivité dont ils bénéficient actuellement et pourrait provoquer la fermeture d’un bon millier de kiosques et la suppression de 2.400 postes.
Partageant le monopole des loteries avec la Once (Organización nacional de ciegos españoles), qui finance ses activités avec les 2 milliards d’euros de recettes annuelles tirées de la vente de billets, LAE a affiché, l’an dernier, un chiffre d’affaires de 9,8 milliards, en recul de 2%, apportant directement 3 milliards d’euros (+ 4%) dans les caisses de l’Etat. Son directeur général, Gonzalo Fernando Rodriguez, préfère parler de «modernisation du réseau». Il évoque en effet la nécessaire adaptation par rapport aux normes européennes et la nécessité de multiplier les canaux commerciaux pour faire face à la crise. «Dans tous les pays voisins, les gestionnaires de jeux ont noué de simples relations commerciales avec leurs distributeurs», dit-il. Il assure que les concessionnaires pourront garder leur statut administratif s’ils le désirent.
Ne réalisant que 1% de ses recettes en ligne, Loterias y Apuestas del Estado pousse le gouvernement espagnol à légiférer en matière de paris sur Internet, dont une partie des acteurs, installés à Gibraltar, ne paie aucune taxe, provoquant une distorsion de concurrence selon les opérateurs officiels. Un texte visant à imposer un contrôle économique (solvabilité…) et technique pourrait être voté au Parlement avant l’été. Le secteur des jeux représente, en Espagne, un volume d’affaires d’une bonne trentaine de milliards d’euros, réalisé pour 45% via les machines à sous, les loteries publiques de LAE et de la Once (38%), les bingos (10,5%) et les casinos (8%). La crise économique que traverse le pays n’est pas sans impact sur leur activité. «Les gens parient peut-être plus durant les périodes difficiles mais ils engagent des sommes moins importantes», relève Gonzalo Fernando Rodriguez.
Source: Les Echos












