L’ouverture du marché français est une vaste pantalonnade pour le site bakchich.info
L’astuce du ministre Woerth pour conserver le contrôle sur le marché des jeux en ligne tient dans un chapelet de mesures contraignantes, explique le site bakchich.info, qui consacre un très long papier, très bien documenté et fort ironique à l’ouverture du marché.
En voici quelques extraits (et une caricature de Laporte):
L’activité n’est autorisée sur le territoire français qu’à condition de l’obtention d’une licence renouvelable délivrée gratuitement pour 5 ans par l’ARJEL (autorité de régulation des jeux en ligne), office créée pour l’occasion. Jeux en ligne car la FDJ et le PMU conservent le monopole des jeux de papier. Le bookmaker doit établir une plateforme informatique en France, les comptes «étrangers» doivent être supprimés et créés de nouveau sur le site légal (pour les parieurs, méfiez-vous, retirez votre argent avant que le compte ne soit détruit). De plus, contrainte suprême, la redistribution des gains est plafonnée à 80-85%, comme pour la FDJ, contre 90-95% actuellement chez les bookmakers étrangers.
En clair, cela signifie que les cotes proposées aux parieurs français sur les sites légaux seront moins attractives que celles affichées sur les sites étrangers. De plus, l’Etat français entend prélever 8,5% des gains des bookmakers, contre 4,5% en Italie, 1,5% en Grande-Bretagne, 0,5% à Malte, dont la plupart des bookmakers actuels possèdent une licence. Ainsi, cette histoire de licence semble tourner à la farce pour des bookmakers qui se voient «sur» taxés et dont l’attractivité produit est limitée.
Officiellement, ces mesures entrent dans le cadre de la lutte contre l’addiction, le gouvernement «pariant» sur la faiblesse du gain pour limiter le nombre de parieurs. Reste à interdire l’accès aux sites étrangers et à ce que Bruxelles accepte ce «monopole par la licence» là où la tendance penche vers la validité d’une licence sur l’ensemble du territoire de l’UE quelque soit le pays membre l’ayant délivré. Malte et ses 0,5% de prélèvements avec plafonnement à 90-95% des gains ou la France et ses 8,5% pour un plafonnement à 80-85%? L’idéologie ou la réalité?
Ne cherchez pas de réponse puisque de question posée il n’y en a point. Imaginer Nicolas Sarkozy réunissant ses mécènes au Fouquet’s pour leur expliquer que «le capitalisme, sagement «maîtrisé», est le meilleur des systèmes possibles», c’est méconnaître la réalité du dogme, penser que le libéralisme incarne la liberté d’entreprendre là où il ne s’agit que de libéralité, de «licence».
Ainsi, la licence proposée par le projet de loi n’a pour objet que de permettre à la FDJ et le PMU de s’adapter à la concurrence prochaine, tout en écrémant le marché des indésirables. En effet, la FDJ et le PMU conservent le monopole des jeux de papier, soit la clientèle habituelle des bars-tabac, que la réorganisation des produits tend à éduquer progressivement à la complexité des paris en ligne.
Pour ce faire, la FDJ propose ParlonsSport, version papier d’une interface internet de paris en ligne, et ParionsWeb, son alter ego numérique. De plus, le partenariat passé avec Canal + garantit une visibilité accrue sur l’ensemble de la Ligue 1, voire de la Ligue des Champions et des championnats étrangers. Une émission de pronostics sportifs avec les experts Canal +, sur support internet estampillé FDJ consoliderait certainement la rente de situation de l’entreprise d’Etat.
Dès lors, les opérateurs privés sont légitimes dans leurs plaintes à l’encontre du gouvernement… si l’on table sur le blocage des sites étrangers sur le marché français. Or, ce blocage paraît difficilement réalisable, et il semble plutôt que les gros opérateurs se dirigent vers une solution mixte: plateforme française sous licence française complétant l’offre «étrangère», plus attractive. Cette concurrence «déloyale» provoquant la disparition des opérateurs les plus fragiles constituerait un tamis duquel ne ressortiraient que les institutions les plus solides, un écrémage au profit de l’oligopole déjà en place.
A l’aune de la Coupe du Monde 2010, plus d’une centaine de demandes de licences sont parvenues sur le bureau de l’ARJEL, parmi lesquelles celles de Betclic, Betfair, Partouche, le groupe Barrière, ou encore… Patrick Bruel, tandis que Unibet ne semble pas même vouloir se donner cette peine. Quoiqu’il en soit, beaucoup trop pour que le modèle économique envisagé ne soit efficace. En effet, l’ouverture «maîtrisée» signifie, à terme, la présence d’une dizaine d’opérateurs couvrant 80% du marché et réalisant des bénéfices suffisamment importants pour garantir des rentes substantielles aux organisateurs ainsi qu’aux acteurs des compétitions. Ainsi, Bwin vient de renouveler son contrat de sponsoring avec le Real Madrid pour un montant avoisinant les 25 millions d’euros par saison.
En résumé, la «maîtrise» gouvernementale consiste à nettoyer le terrain pour permettre le festin. Par la suite, il sera toujours temps d’aligner la législation française sur ses homologues étrangères à coups de « cadeaux » fiscaux et autres décrets à destination des conviés du Fouquet’s.
La suite sur le site bakchich.info












