Neutralité du Net (suite): Le Monde souligne les dangers des propositions faites par Google et Verizon
C’est un grand débat qui ne fait que débuter et qui passionnera tous ceux qui s’intéressent aux libertés dans le monde… et au futur des jeux d’argent en ligne. Nous parlions il y a deux jours du rapport sur la neutralité du Net et, hier, de l’alliance de Google et de Verizon. Le Monde poursuit le débat:
Un tabou est-il en train de tomber? Lundi 9 août, le géant de l’Internet Google a publié une tribune commune avec l’opérateur américain Verizon, proposant que sur les réseaux mobiles, les opérateurs de télécommunications puissent transporter certains contenus en priorité. Les deux groupes ont aussi suggéré que cela soit possible sur les réseaux fixes pour certains contenus « innovants » comme la télémédecine, les services éducatifs, ou les films en 3D.
Cette tribune, destinée à la FCC, le gendarme des télécommunications aux Etats-Unis, constitue une sérieuse entorse au principe de la « neutralité » du réseau. Selon cet héritage des débuts de l’Internet, conçu à partir des années 1960 en grande partie par et pour des chercheurs, aucun abonné (individu, entreprise) au réseau, aucun flux de données (légales, évidemment), ne doivent faire l’objet d’une discrimination de la part des opérateurs.
Entre autres réactions négatives, Andrew Jay Schwartzman, du cabinet d’avocats Media Access Project, a dénoncé, dans l’International Herald Tribune du mercredi 11 août, des propositions qui « créeraient un Internet à deux vitesses ». La position de Google choque d’autant plus que jusqu’à présent, il était l’un des plus bruyants chantres de la neutralité.
Dans les faits, celle-ci est déjà un peu battue en brèche. En France, le flux TV des offres « triple play », bénéficie de priorités. Sur les réseaux mobiles, les opérateurs font déjà payer leurs clients différemment pour avoir accès à des chaînes de télévision. Et certains discriminent encore des services comme Skype, qui permet de téléphoner gratuitement en utilisant Internet.
En France, Iliad, la maison mère de Free et d’Alice, s’apprête à lancer une offre commerciale qui, elle aussi, pourrait créer des remous. Il s’agit d’un « pass prioritaire » qui, moyennant 0,99 euro par soirée ou 3,99 euros par mois, donne un accès prioritaire pour ses abonnés à son offre de télévision de rattrapage (en différé) sur Internet, entre 19 heures et 22 heures, aux heures où le trafic est le plus intense. Sa date de lancement n’a pas encore été arrêtée. « La TV de rattrapage est très gourmande en débit, et nécessite des investissements en serveurs », se justifie-t-on chez Iliad.
Le vrai problème est là: les réseaux de télécommunications fixes et mobiles donnant accès à Internet saturent (surtout les réseaux mobiles). Ils sont encombrés par des formats pour lesquels ils n’ont pas forcément été conçus (les contenus audiovisuels), et par les « smartphones » connectés en permanence au Web. Opérateurs et fournisseurs d’accès doivent investir davantage dans leur infrastructure pour tenir le choc. Ils reprochent aux éditeurs des contenus les plus lourds à transporter (du type YouTube, première plate-forme de vidéo au monde, filiale de Google), de ne pas payer leur écot.
Vu sa tribune commune avec Verizon, Google semble avoir évolué. De fait, il a tout intérêt à s’entendre avec les opérateurs. C’est la qualité de ses contenus pour ses utilisateurs finaux qui est en jeu : si les opérateurs n’investissent pas assez, elle sera dégradée. Google a-t-il d’ores et déjà payé Verizon pour donner la priorité à YouTube sur les mobiles commercialisés par l’opérateur? Non, a assuré Ivan Seideberg, le PDG de Verizon, à l’agence Reuters.
Le risque en tout cas, si des entorses à la neutralité du Web se multipliaient, est celui d’un accès plus difficile à une bonne qualité de transport pour les contenus des petits éditeurs, qui n’ont pas la capacité de négociation d’un Google. C’est pour y parer qu’en France, la secrétaire d’Etat à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, suggère que l’Arcep, le gendarme hexagonal des télécommunications, soit doté d’un pouvoir d’arbitrage des conflits.
Source: Le Monde













