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Olivier Ou Ramdane, EurosportBET : “Il est vital de faire évoluer la fiscalité”

Publiée le 05 oct 2011 // Interviews

Ancien conseiller technique au cabinet du Premier ministre, Olivier Ou Ramdane, ingénieur des Mines, est désormais le directeur général et l’un des actionnaires d’EurosportBET, une “PME indépendante” depuis qu’il a repris cette structure, jadis dans le giron de TF1, avec Solfive.

Olivier Ou Ramdane, directeur général d’EurosportBET, une structure dont il est désormais l’un des principaux actionnaires

EurosportBET a changé de propriétaire. Peut-on désormais affirmer que vous êtes bel et bien “chez vous”, avec vos amis et partenaires de Solfive ? Et qu’est-ce que cela change, pour vous et pour vos clients ?

L’inspiration et l’âme d’EurosportBET sont toujours les mêmes : un opérateur de jeux en ligne généraliste et proche de ses clients.
Nous sommes désormais une PME indépendante ce qui nous permet d’être encore plus réactifs et toujours plus innovants. Nous avons la capacité de prendre plus de risques et d’avoir de l’audace. Nous avons en conséquence révisé notre stratégie. Nous sommes désormais 100% focalisés sur le marché français pour concentrer nos efforts aux fins d’optimiser, enrichir et améliorer notre offre, ce qui est une bonne nouvelle pour nos clients.
Nous travaillons aussi au développement d’une offre B2B en marque blanche pour des opérateurs étrangers qui souhaiteraient entrer sur le marché hexagonal en minimisant les risques.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez repris cette entreprise ?

La reprise a été effectuée par le management et s’est donc déroulée en douceur et dans la plus grande simplicité.

Quel bilan tirez-vous d’un peu plus d’un an d’ouverture du marché légal en France ?

Le marché légal français est un marché très difficile et très compétitif. Les barrières à l’entrée sont désormais quasiment infranchissables. Quoi qu’il en soit, la France demeure un marché attractif en raison de sa taille, mais il est aujourd’hui bridé par une fiscalité inadaptée qui fragilise considérablement les opérateurs de taille moyenne et commence à décourager beaucoup d’entrepreneurs et d’investisseurs. Certains ont déjà “jeté l’éponge” et d’autres la jetteront si la revoyure prévue par la Loi n’est pas l’occasion de repenser la mécanique fiscale mise en place.
En changeant l’assiette des taxes, et en passant sur le Produit Brut des Jeux, on rendra l’offre des opérateurs légaux plus attractive au regard de l’offre illégale et on apportera du dynamisme au marché légal car certains joueurs parmi les plus assidus ne sont pas encore revenus.
Je suis rassuré de constater que tant à l’Assemblé Nationale qu’au Sénat les spécialistes de ce secteur ont démontré leur prise de conscience du sujet, et que si j’en crois la presse il semblerait que l’Autorité de Régulation et le Comité Consultatif de Jeux aient eux aussi exprimé la nécessité d’agir en ce sens. En revanche, si la fiscalité n’évolue pas, il y a un vrai risque que le marché se sclérose et qu’on en revienne finalement à une forme d’oligopole d’une part et à une offre illégale puissante d’autre part, auquel cas l’ouverture à la concurrence n’aura été qu’un faux semblant, et se soldera par un échec.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris depuis cette ouverture ? En bien et en mal ?

Ce qui me choque le plus, ce sont les multiples distorsions de concurrence qui perdurent : concurrence entre nouveaux entrants et opérateurs monopolistiques historiques, ou concurrence entre ex-pirates et opérateurs légalistes. Je suis aussi très surpris par l’agressivité marketing des ex-monopoles.
En ce qui concerne les bonnes surprises, attendons de voir ce qui se passe dans les prochains mois…

Vous affirmez viser l’équilibre “à deux ans” ? Même si la loi n’évolue que peu dans les mois qui viennent ?

Il est envisageable pour EurosportBET d’atteindre le petit équilibre au cours de l’année 2012 mais ceci aura été au prix d’un plan de restructuration cruel. J’en profite pour tirer mon chapeau à nos collaborateurs qui font des miracles avec des moyens réduits tout en maintenant une offre de grande qualité et en faisant preuve d’un professionnalisme exemplaire.

Quels sont, pour vous, les changements prioritaires à effectuer dans la législation. Et ceux qui vous semblent raisonnables en cette période de restrictions budgétaires drastiques ?

Comme déjà évoqué il est vital de faire évoluer la fiscalité de manière pragmatique. Le changement d’assiette aura un effet direct sur le volume car il permettra aux opérateurs de faire venir dans le circuit légal des joueurs égarés… Une évolution de la fiscalité ne rime donc pas forcément avec une réduction des recettes fiscales, bien au contraire !

Quelle a été, avec le recul, la principale erreur du législateur ?

Le législateur a été sage en prévoyant une clause de revoyure car il savait que sa copie ne pouvait être parfaite du premier coup. Ce qui constituerait une erreur, c’est de ne pas utiliser cette opportunité pour apporter les ajustements qui s’imposent.

Et, avec ce même recul, la principale erreur des opérateurs ? La vôtre ? Celle de vos anciens actionnaires ?

Je pense que tout le monde a sous-estimé l’impact qu’aurait le déficit de compétitivité de l’offre légal sur l’appétit des joueurs français.

Poker, paris sportifs, paris hippiques.Vous êtes l’un des seuls opérateurs présents sur l’ensemble des secteurs “ouverts”. Avez-vous des priorités ?

Notre priorité c’est la France et un développement équilibré du Poker et des Paris Sportifs. Dans les conditions actuelles, nous proposons des paris hippiques pour la satisfaction de nos clients mais nous ne pouvons investir sur ce secteur qui n’offre aucune perspective de rentabilité compte tenu d’une fiscalité qui revient à prélever les trois quart du chiffre d’affaires.

Pensez-vous, à l’instar de Nicolas Béraud, ancien président de BetClic Everest Group, que les opérateurs illégaux représentent une part croissante du marché français ? Comment lutter plus efficacement contre ce problème ?

Pour marginaliser l’offre illégale, le meilleur moyen c’est de la rendre ringarde. Il faut donc offrir aux opérateurs légaux les moyens de développer une offre qui supporte la comparaison !

Accordez-vous beaucoup d’importance au développement des jeux et paris sur mobile ? Comment voyez-vous l’évolution de ce marché ?

Nous croyions aux stratégies 2 écrans où on regarde un événement sur sa TV tout en pariant sur son ordinateur ou son smartphone. Nous avons donc développé une interface utilisateur spécifique aux mobiles pour la prise de paris.
Nous sommes plus sceptiques en ce qui concerne le poker sur les mobiles à cause des problèmes de déconnexion. Il faudrait développer une offre de jeu spécifique pour le poker en mobilité pour que ce soit intéressant, comme des parties flash en heads-up.

Les éventuels conflits d’intérêts entre opérateurs et médias vont-ils, selon vous, représenter un réel problème dans les mois et les années qui viennent ?

Certains parieurs pensent encore que vous êtes dans le giron de la chaîne Eurosport. S’agit-il potentiellement d’un problème ?

Pour avoir eu pour maison mère un des plus grands médias de France, le groupe TF1, je peux vous confirmer que je n’ai jamais constaté de situation de conflit d’intérêt même potentiel. Par ailleurs nous ne sommes plus “dans le giron” d’Eurosport mais nous restons proches de cette entreprise à travers un partenariat stratégique marketing.

Les problèmes d’addiction au jeu vous semblent-ils surestimés, sous-estimés ou pris suffisamment au sérieux ?

L’addiction peut toucher 0.5 à 1% des joueurs. L’ensemble des dispositifs mis en oeuvre dans le cadre de la régulation est très sérieux : messages d’alerte, modérateurs… En tant qu’opérateur, nous sommes aussi vigilants dans nos procédures internes et nous essayons de repérer les comportements à risque pour faire de la prévention auprès des joueurs concernés.

Pensez-vous que les soupçons portant sur l’intégrité de certaines compétitions sportives vont être de plus en plus nombreux dans les mois et les années qui viennent ?

Je ne crois pas que le développement des paris en ligne soit une menace pour l’intégrité des compétitions sportives. La vigilance est de mise bien entendu. Mais la traçabilité totale offerte par internet permet au contraire une transparence qui améliore l’efficacité de la lutte contre les tricheries et les manipulations. Dans ce combat, nous sommes aux côtés des organisateurs et des régulateurs comme nous l’avons déjà démontré.

L’Arjel s’est-elle avérée efficace et professionnelle ou vous a-t-elle déçu ?

L’Arjel est une Autorité compétente, diligente et qui fait au mieux avec les outils qui lui ont été conférés par la Loi. Nos relations sont bonnes, sans être complaisantes. Je pense que cette Autorité a pris un bon départ et accomplit plutôt bien la mission qui lui a été confiée.

A titre personnel, êtes-vous un parieur ? Un joueur de poker ? Quels sont vos jeux favoris ?

J’ai une formation scientifique et je suis passionné par la mécanique des paris sportifs sans être moi-même parieur. Je joue au poker, mais plutôt en live, entre amis.

Propos recueillis par Bastien Collins
IGA Magazine

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