Sports
Le rugby show-business emballe les bookmakers
John Samson s’interroge sur les conséquences de l’ouverture du marché pour le rugby
L’ovalie française n’a pas encore digéré son passage au professionnalisme et au rugby business que les jeux d’argent sur le rugby ont été ouverts à la concurrence à l’été 2010. Principale conséquence: les inégalités budgétaires entre les clubs devraient encore se creuser.
Pour comprendre l’impact potentiel du développement du pari sportif sur le rugby, revenons au préalable sur les principales conséquences de la professionnalisation et la médiatisation du rugby des années 90-2000. Le rugby fait officiellement partie des sports professionnels depuis août 1995, quand L’IRB efface de ses statuts l’obligation d’amateurisme. Progressivement, le rugby entre alors dans l’ère du spectacle et du show télévisuel, notamment sous l’impulsion du magnat des médias Rupert Murdoch. En France, le rugby se popularise véritablement dans les années 2000, avec comme point d’orgue l’organisation de la Coupe du monde 2007.
Le courant du rugby show-business emporte alors tout sur son passage :
• Les règles sont régulièrement modifiées pour favoriser l’attaque et le jeu des arrières, plus télégénique.
• Les mi-temps passent de 5 à 10 minutes pour les intermèdes publicitaires.
• Les budgets de clubs progressent inexorablement, la part des subventions dans le Top 14 et la ProD2 diminuent au profit de celles des sponsors et des partenaires.
• Les joueurs sont de mieux en mieux entraînés et accompagnés : encore dénigrée dans un passé récent, la récupération est aujourd’hui sacralisée.
• Le suivi médical, avec kinésithérapeutes, ostéopathes et diététiciens, fait partie du quotidien des joueurs.
• Les transferts se multiplient jusqu’à mettre au chômage de nombreux joueurs. L’afflux des joueurs étrangers, notamment à Toulon de M. Boudjellal, suscite les premières réactions nationalistes.
• Les grosses écuries comptent deux équipes types en leur sein pour faire bonne figure dans toutes les compétitions.
• Les corps des joueurs sont moulés dans des tissus d’Apollons rétifs au tirage de maillot et donc propices aux plus belles percées plein champ. Lomu,Wilkinson, Carter, Michalak et bien sûr Chabal sont entrés dans le star-system médiatique.
L’OFFRE DE PARIS SUR L’OVALIE
En France et jusqu’à la mi-2009, le rugby faisait très peu l’objet de paris, la Française des jeux (FDJ) ayant concentré l’essentiel de son offre de pari sportif sur le football. Cette habitude perdurait encore cette année, ParionsWeb s’étant contenté de proposer quelques cotes sur le tournoi des VI nations.
Le monopole ayant donc pris fin, six opérateurs de pari sportif (BetClic, SAjOO, EurosportBET, Bwin, PMU Paris sportifs, Parions- Web et FrancePari), préalablement homologués par l’ARJEL, ont récemment signé un accord avec la Ligue nationale de rugby (LNR) les autorisant à proposer des paris en ligne sur le Top 14 et la Pro D2. L’offre de paris sur le rugby ne s’est toutefois pas encore complètement développée : dernièrement encore, le Tri-nation a été délaissé par la plupart des plateformes de paris, comme la FDJ ou Sajoo, seul le PMU ayant communiqué sur le sujet.
Pour sa part, BetClic propose des paris sur quasiment toutes les compétitions majeures… sauf le championnat français. Bwin dispose sans doute aujourd’hui de l’offre de paris sur le rugby la plus complète : Top14,Tri-nation, coupe du monde, championnats de Nouvelle-Zélande et d’Afrique du Sud, le parieur dispose d’un large choix. L’offre de paris en France devrait néanmoins s’homogénéiser avec le temps.
CREUSER LES INÉGALITÉS?
Sur le plan marketing, la reprise des compétitions et la rentrée de nouveaux bookmakers sur le marché français a sonné l’ouverture des hostilités entre annonceurs, bien sûr sur les médias radio, audiovisuels et internet, mais aussi au niveau des clubs de rugby : BetClic sponsorise déjà Toulouse et le Stade Français et France-Pari soutient Toulon. L’ouverture du marché des jeux d’argent est donc synonyme de nouveaux sponsors pour les clubs. Mais pas pour tous ! En effet, la politique de sponsoring des bookmakers ne concerne pour l’instant que les clubs qui tiennent le haut du pavé. “Les leaders vont avec les leaders” déclarait récemment le dirigeant de l’un d’entre eux.
En effet, l’impact du sponsoring des bookmakers se veut national et international, à l’inverse des sponsors traditionnels de la discipline pour lesquels la proximité territoriale est un enjeu fort : industries régionales (Michelin, Pierre Martinet), cabinets-conseils bien implantés (Cap Gemini) ou encore banques et assurances, souvent structurées autour de caisses régionales (Groupama, Caisse d’Épargne, etc.).
Ainsi, ce sont désormais les équipes plus médiatisées, notamment grâce à leurs stars françaises, qui pourraient bénéficier de manière quasi exclusive de la manne financière du pari sportif. Dans ce nouveau contexte, la fédération pourra-t-elle faire contrepoids ?
John Samson
John Samson est le fondateur de Snoopy Agency Ltd, agence accompagnant les marchands B- to -C dans leur marketing et leurs achats d’espaces en Europe. Très présente dans le secteur du jeu, son agence conseille des opérateurs tels que Greentube, Neogames, ou encore Sportingbet.
SEPTEMBRE / OCTOBRE 2010 – NUMÉRO 6


