Quand Isabelle Parize parle de l’acquisition d’Everest… sans en parler
Quand Le Monde publie une interview d’Isabelle Parize… sans savoir que son groupe est sur le point d’annoncer l’acquisition d’Everest Gaming (voir nos informations exclusives), ça donne une interview qui demande une lecture entre les lignes…
Isabelle Parize, 52 ans, dirige Mangas Gaming, la société de jeux d’argent en ligne basée à Malte, détenue à parité par Stéphane Courbit et la Société des bains de mer de Monaco, qui emploie 600 salariés, dont 200 à Londres, 150 à Malte, 100 à Paris et 100 en Autriche, précise Le Monde.
Vous avez choisi de grandir par croissance externe, pourquoi?
Quand j’ai rencontré Stéphane Courbit et qu’il m’a demandé de gérer son projet sur les jeux d’argent en ligne, il est apparu évident qu’il fallait acheter de la compétence. Ce métier ne s’improvise pas; il allie le savoir du bookmaker, la maîtrise technologique des systèmes de transactions sécurisées, et la relation client.
En novembre 2007, nous avons acquis BetClic, une société créée en 2005 qui opérait en France et en Europe du Sud. Devions-nous investir plusieurs centaines de millions d’euros dans BetClic pour faire de cette start-up l’un des cinq premiers acteurs européens, ou privilégier la croissance externe? Ma recommandation a été que nous ne pouvions pas rattraper notre retard en investissant exclusivement dans BetClic.
Vous avez depuis acheté deux sociétés, Expekt et Bet-at-Home. Que vous apportent-elles?
Stéphane Courbit a fait entrer comme deuxième actionnaire de Mangas Gaming la Société des bains de mer (SBM) pour financer les acquisitions. Notre idée était de couvrir l’Europe. Deux régions nous intéressaient. D’une part, la Scandinavie, le marché le plus mature en Europe après le Royaume-Uni (où nous avons décidé de ne pas travailler car les marges sont trop faibles). Nous avons acheté 100 % d’Expekt.
Nous voulions aussi être présents en Allemagne et en Europe de l’Est, nous avons pris une participation majoritaire dans Bet-at-Home. Nous voulons garder une certaine régionalisation de nos opérations car les trois sites ont leur spécificité. Ce qui n’empêche pas de rechercher des synergies.
Dans le bookmaking, par exemple?
Oui. Dans ce métier, il faut de la liquidité et équilibrer les cotes des bookmakers pour couvrir le risque. Ainsi, pour un match Lyon- Bordeaux par exemple, il est intéressant de ne pas avoir que des parieurs français. Cette activité est l’une des rares où la ligne de revenus peut être négative. Il y a trois semaines, lors de la Ligue des champions, tous les favoris ont gagné et nous avons perdu un million d’euros.
De plus, un bookmaker ne peut pas avoir des cotes trop éloignées de celles des autres sites. Internet est un système ouvert, nous sommes toujours à un clic de nos concurrents! Nous avons aujourd’hui 80 personnes sur le bookmaking réparties dans différents pays. Chaque groupe garde sa spécificité, mais ils peuvent travailler ensemble sur des grands événements, comme la Coupe du monde de football.
Quelle est aujourd’hui votre position sur le marché?
Avec, pour les jeux, un objectif de 200 millions d’euros de produit brut en 2009, nous sommes numéro trois en Europe, derrière BWin et Sportingbet, au coude-à-coude avec Unibet. Ce classement ne prend en compte que les sociétés dont l’activité est exclusivement sur Internet et le coeur de métier le pari sportif. Il exclut les acteurs spécialisés dans le poker. Nous avons l’intention de grossir encore et d’approcher la première place, par croissance interne et externe.
Quelle est votre stratégie dans le poker?
Nous avons une offre de poker en ligne mais – à l’instar de concurrents comme Winamax ou Chilipoker – nous louons des logiciels. Le marché du poker est très différent de celui du pari sportif. Il est dominé par des acteurs mondiaux « pure player » (exerçant uniquement sur Internet) et il est très segmenté par région.
Nous avons trois choix à opérer. Faut-il entrer sur le marché du poker, ou se concentrer sur le pari sportif? Si nous entrons sur ce marché, devons-nous acheter un logiciel? Et devons-nous y aller avec un partenaire? Nous devons aussi tenir compte du marché américain, qui devrait s’ouvrir peut-être dès 2010. Or, aux Etats-Unis, le poker est un jeu de base. Il serait difficile de ne pas y aller si nous développons cette activité.
En France, les députés ont adopté, le 13 octobre, le projet de loi sur l’ouverture à la concurrence du marché des jeux d’argent sur Internet. Qu’en pensez-vous?
Incontestablement, une étape importante a été franchie. C’est plutôt une bonne chose, mais c’est aussi un texte de compromis, qui ne satisfait personne. Les monopoles auraient préféré rester en monopole et, pour nous, ce texte n’est pas viable en l’état actuel, pour deux raisons. L’ouverture, tout d’abord, est limitée aux paris sportifs, hippiques et au poker. Les jeux de table et de hasard que nous proposons sur nos sites ne sont pas autorisés. Or le pari sportif est une activité à risque, nous avons besoin de revenus stables.
La deuxième chose, c’est la taxation. Le total des contributions atteint 9 % des mises, contre 1,5 % au Royaume-Uni. Nous demandons également la séparation des structures de la Française des jeux et du PMU entre leur activité encore sous monopole, le « pari en dur » (dans des locaux dédiés), et leur activité Internet.
Allez-vous demander des licences en France?
Il est fort probable que nous demandions les trois licences, pour le pari sportif, le pari hippique et le poker.
A combien estimez-vous le marché français des paris en ligne?
A 300 ou 400 millions d’euros de produit brut des jeux, ce qui correspond à 3 à 4 milliards de mise. Environ 15% à 20% de la population est prête à parier sur Internet. Nous nous attendons à une croissance assez forte. Le marché devrait doubler d’ici à trois ans, puis doubler encore d’ici à cinq ans.
Source: Le Monde du 20 octobre












