Sous la pression, le CSA décide de n'interdire la publicité que dans les émissions pour enfants et ados
Réunis en séance plénière, les membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ont finalement décidé d'encadrer a minima la promotion pour les sites de paris sportifs, hippiques ou de poker, mais aussi pour tous les jeux d'argent autorisés en France.

Selon, l'article 7 de la loi sur l'ouverture à la concurrence du marché français des jeux d'argent sur Internet, adoptée par les députés, le 6 avril et promulguée le 13 mai, toute communication commerciale en faveur d'un opérateur de jeu d'argent ou de hasard est interdite dans les programmes destinés aux mineurs. Reste à savoir comment mettre en pratique cette réglementation qui vise à protéger les jeunes.
Finalement, le CSA a décidé... de ne pas trancher définitivement la question. La délibération, c'est-à-dire le texte qui fixe les règles du jeu pour la télévision et la radio, dévoilée mercredi, n'aura qu'une durée de vie limitée. Elle sera caduque au 31 janvier 2011. Par ailleurs, ce texte ne fixe qu'un minimum de contraintes pour les médias.
"Nous avons décidé de n'interdire la publicité pour les jeux d'argent que dans les émissions destinées aux mineurs, ainsi que trente minutes avant et trente minutes après", précise Emmanuel Gabla, conseiller du CSA chargé de ce dossier. "Mais nous avons défini de façon plus fine les critères permettant de distinguer une émission destinée aux mineurs", ajoute-t-il.
La publicité est, bien sûr, de fait interdite sur toutes les chaînes jeunesse. Mais les opérateurs de jeux pourront jouer la carte du "placement de produits", c'est-à-dire s'insérer dans les films et les fictions.
Le CSA a largement assoupli sa position. Dans un projet de délibération mis en ligne courant avril et soumis au débat public, l'autorité avait suggéré trois options pour la télévision. Elle proposait soit d'interdire la publicité de 5 heures à 22h30, soit de l'interdire dans cette plage horaire mais de l'autoriser lors des retransmissions sportives ou hippiques, soit enfin de l'interdire de 6 heures à 9 heures, de 12 heures à 14 heures et de 17 heures à 21 heures, les lundi, mardi, jeudi et vendredi, et de 6 heures à 21 heures le mercredi. En radio, il était envisagé de l'interdire de 17 heures à minuit, avec ou sans dérogations pour les retransmissions sportives.
Des propositions qui ont fait bondir les opérateurs de jeux d'argent, les médias et les publicitaires. Les patrons des chaînes de télévision et de radio ont demandé à être reçus par le CSA. "Il y avait beaucoup de positions divergentes et un manque de visibilité sur l'évolution de ce marché. Nous avons décidé d'être pragmatiques et de refaire un point dans six mois", explique M. Gabla. Finalement, aucun des scénarios n'a été retenu.
L'enjeu est d'importance. Le compte à rebours de l'ouverture à la concurrence du marché des jeux d'argent en ligne est lancé. Les premières demandes de licence ont été déposées mardi. Bwin a ouvert la voie, suivi du PMU, de FrancePari, ZEturf, Sajoo et Winamax.
Tous veulent se lancer à l'assaut des clients français en juin. Une partie de la bataille, celle de la notoriété, se jouera sur le terrain publicitaire. L'ensemble des médias qui ont multiplié les alliances avec les opérateurs de jeu espèrent en tirer profit.
Selon l'institut Yacast, l'investissement publicitaire des opérateurs de jeux s'est élevé à 319 millions d'euros en brut en 2009, en progression de 66%, dont 180 millions sur Internet, un média privilégié par les sites non autorisés. Le premier annonceur tout-média restant la Française des jeux.
Source: Le Monde

