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TF1 en fait probablement (beaucoup) trop dans la propagande éhontée pour les jeux en ligne

Publiée le 13 oct 2009 // Infos, Marketing

Pour le site Marianne2.fr, les jités de TF1 sont beaucoup trop zélés, voire grotesques, quand ils assurent la promotion des jeux en ligne. Le site compare même ces « reportages » à ceux de l’équipe de Groland…

L’article publié hier par Marianne2:

Paris en ligne: Pernault joue, TF1 rafle la mise

Alors que l’assemblée examine le projet de loi sur la libéralisation des jeux en ligne, TF1 — et notamment Jean-Pierre Pernaut dans son 13 heures — s’est livré pendant toute la semaine à un exercice de matraquage médiatique en faveur de cette révolution. De quoi éveiller certains soupçons quand on connaît les espoirs financiers que TF1 place dans ce marché prometteur.

Ayant pris acte que la publicité pour les jeux en ligne allait être un poil plus compliquée que prévu à mettre en œuvre, comme le note Electron Libre, compte tenu d’un amendement qui interdit cette publicité durant les périodes au cours desquelles sont programmées des émissions à destinations des mineurs, TF1 a choisi de faire œuvre de pédagogie en consacrant pendant une semaine des reportages au juteux marché des jeux dans ses journaux télévisés. Pas moins de six sujets en sept jours, dont trente minutes dans l’émission Reportages!
Mais c’est, et de loin, le 13 heures du vertueux Jean-Pierre Pernaut qui a ouvert ses antennes à cette révolution, véritable perestroïka du gaming,  dont l’humanité ne perçoit encore que très vaguement les conséquences.

Pour une fois, Pernaut s’est éloigné des campagnes qui lui sont si chères. Le jeu est un loisir essentiellement urbain.  Lundi 5 octobre, il attaque donc bille en tête avec une «enquête sur le business des jeux». «Actuellement dans notre pays, c’est 18 milliards d’euros»: peanuts pour Pernaut qui  entend bien ramasser la mise.  Donc, «toute la semaine on évoquera cette révolution dans le JT de 13 heures». Révolution, le mot est lâché, par un JPP tout sourire. Loto, Jackpot, le gratteur gratte frénétiquement, les chiffres se succèdent, les euros défilent.

Retour sur JPP, toujours aussi souriant: «et c’est important de rappeler, le jeu c’est l’enquête de la semaine». C’est donc ça une enquête dans le 13 heures de JPP: quelques mystifications éculées qui, sous couvert d’information, suintent l’idéologie du marché libre et performant. Le lendemain, un portrait de joueur, le profil type du gagne-petit rassurant «je gagne 60 euros, je perds maximum 30» et un petit passage dans les locaux d’Eurosportbet, un candidat, parmi d’autres, aux licences de paris.

La famille Le Lay à la barre

Transformé en Che Guevara de la roulette on-line, JPP enchaîne: «voilà le jeu, ça va bouger, on vous l’a dit c’est la révolution dans quelques mois», omettant toujours de  dire à ses téléspectateurs ce qui pousse TF1 à accorder tant de temps d’antenne à cette fameuse révolution.
Car bien évidemment, Eurosportbet n’est pas un candidat aux licences comme les autres: c’est une entreprise doublement liée à TF1, puisque c’est une joint venture entre Eurosport (filiale de TF1) et un fonds d’investissement, Serendipity, lié à Bouygues et Pinault.
Explication. Patrick Le Lay, ça vous dit quelque chose? Il n’y a pas encore si longtemps, l’intéressé, alors PDG de TF1, vendait du temps de cerveau disponible à Coca-Cola. Libre à lui. Désormais, le bonhomme a quitté la chaîne, mais préside… le fonds d’investissement Serendipity! Une société détenue par Artemis, la filiale du Groupe Pinault et Bouygues, propriétaire de TF1.
Fruit de l’alliance Serendipity-Eurosport, Eurosportbet déjà établie en Angleterre, après avoir obtenu une licence de l’autorité de régulation de l’île d’Alderney. Un ilôt de 2400 habitants considéré autrefois comme l’île des bannis et des hors la loi, aujourd’hui paradis des licences de jeux en ligne, compte tenu des volumes de transactions qu’elle permet.

Eurosportbet entend bien désormais s’établir en France et  a déjà déposé trois licences pour les paris hippiques, sportifs et de jeux d’argent comme le poker.

Mais comme chez les Le Lay l’histoire s’écrit en famille, Eurosportbet fait le pari des paris en live, pendant les retransmissions. C’est là qu’intervient Eurosport. La chaîne sportive, filiale de TF1 a pour directeur général… Laurent-Eric Le Lay, le fils de son père. En raison des exclusivités de la chaîne en terme de diffusion, Eurosportbet pourra apporter des retransmissions exclusives et en direct sur son site de paris. Des accords qui risquent de ne pas être très difficiles à négocier.
Les paris live sont ainsi appelés à devenir un véritable fonds de commerce pour la chaîne de sport, dans un premier temps, et pour TF1 par la suite ! Rien de tout de cela n’est dit dans la minutieuse enquête sur le business des jeux du 13 heures de Pernaut qui s’évertue à «essayer de comprendre l’importance de ces jeux. Un vrai débat». Pas qu’un peu, mon neveu !

Jeux en ligne-médias: même combat

D’une manière générale, les gens de médias sont très intéressés au business des jeux. La quasi-totalité des radios privées ont signé des partenariats avec des sites de paris en ligne, M6 réfléchit à un rapprochement avec le groupe Partouche, Stéphane Courbit, co-fondateur avec Arthur de l’empire Endemol possède le site Betclic et dans une interview au magazine Stratégies, Arthur lui même confiait son intention de «prendre 25% des parts de la société de paris qu’Endemol est en train de mettre sur pied».

Toujours dans le 13 heures de Papy Pernaut, les images sont choisies : maîtrise des mises, ferveur populaire, joueurs gagnants, simplicité du système –notamment informatique: l’ordinateur est neutre…-. Bref, une ode au cercle vertueux du gain.

Du temps de cerveau encore plus disponible

Certes Pernaut s’accordera bien un écart maîtrisé sur l’addiction. Tarte à la crème des jeux en ligne. Le ton est grave, la mine sévère, les mots pesés: «parfois ça tourne mal, quand les joueurs deviennent dépendants. Trois à 400.000 personnes en seraient malades». On notera le «parfois» et le conditionnel de circonstance. Filmé de dos ou visage flouté, Laurent est un «addict», présenté comme un délinquant du jeu en ligne. Mais très vite, le reportage montre que les opérateurs ont mis en place de limites de dépenses fixées par les joueurs eux-mêmes et contrôlées par les sites. Décidément, ces gens là ont pensé à tout.

Bizarrement, dans la frénésie de reportages accommodants diffusés par TF1, c’est Claire Chazal qui décroche le gros lot avec le portrait d’un homme pressé habitué des salles de sport et qui à 28 ans, a fait sa fortune sur les plateaux de Poker du monde entier. Elky alias Bertrand Grospellier est à Londres. Le temps est gris, le bonhomme arbore des lunettes de soleil et un look de rock star ultra cheap. On croit à un reportage réalisé par l’équipe de Groland: «J’étais à Barcelone il y a deux semaines, à Paris, je suis à Londres, je repars à Marrakech, la semaine prochaine, c’est Vegas». Vegas, village global du joueur lobotomisé, «des anonymes devenus millionnaires», «des tournois gigantesques», «comme les footballeurs, les joueurs de poker sont sponsorisés». Dernier coup de massue, le journaliste rappelle  à tous ceux qui ne l’auraient pas compris que «dans quelques mois la loi va changer» et qu’en France les jeux en ligne seront légaux. Bilan pour TF1, une belle semaine de matraquage médiatique pensée et sans doute commanditée en haut lieu, mais aussi un remarquable exercice de lavage de cerveaux, d’autant plus disponibles désormais à perdre temps et argent sur les plateaux de jeux.

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