Un énorme site de paris sur l’actualité avec pour parrain PPDA?
Dans les toutes prochaines semaines, Betting news Limited s’apprête à lancer en France, avec pour parrain PPDA dit-on, un site de paris prédictifs sur l’actualité, Pariactu.com, annonce le site Marianne2, rattaché à l’hebdomadaire Marianne.
Kézako? Un outil d’enrichissement éditorial, une nouvelle forme de monétisation de l’information ou un nouveau bidule improbable destiné à récupérer encore un peu plus de temps de cerveau disponible pour Coca-cola? Marianne2 se pose ces questions.
David Douillet remplacera-t-il Rama Yade en 2009? Les Etats-Unis vont ils annoncer un envoi de troupes en renfort le 6 décembre? Le Sénat va-t-il approuver la transformation de la Poste en S.A. à capitaux publics? Et cerise sur le gâteau: Carla Bruni va-t-elle annoncer qu’elle est enceinte avant Noël? Autant de questions et bien d’autres qui font l’actualité et annoncent des débats. Ou pas.
C’est en termes de cotes que le site pariactu.com a choisi d’aborder ces sujets. Dans la version beta du site, l’ancien judoka n’a pas la cote. Le «Non» l’emporte à 90%. Seuls 10% des votants parient sur un «Oui, en décembre» à une cote de 287 contre 1! Autant dire que Douillet peut prendre son mal en patience.
Du côté des troupes en Afghanistan, les avis sont plus partagés. Les parieurs sont 40% à voir partir moins de 20.000 hommes, la même proportion fait le pari de 20.000 à 40.000 hommes et ils ne sont que 20% à choisir le statu-quo à une cote de 9 contre 1. On mesure tout de suite mieux la difficulté du choix pour Obama.
En ce qui concerne le sort de la Poste. Les dés semblent définitivement jetés, puisque 100% des joueurs font le pari d’un vote du Sénat en faveur du nouveau statut après le 15 novembre. Quant à la maternité élyséenne, ils sont 68% à ne pas croire à une annonce avant Noël.
Le but du jeu: misez des NEW$ -le $ symbolisant le billet vert, monnaie historique du gamer- qui pourront se transformer en argent à partir d’une certaine somme.
Le site devrait être officiellement lancé en grandes pompes début décembre, avec une «énôôôôrme» star de la télé pour parrain. PPDA est le nom qui revient le plus fréquemment, même s’il ne souhaite pour le moment confirmer une information pour des raisons que l’on va comprendre. Un défi en forme de revanche pour le viré du 20 heures, écarté pour manque de modernité. Dès juin 2008, Laurent Dupin, journaliste à l’Atelier des médias de RFI se demandait si PPDA allait, comme d’autres vieilles gloires du journalisme –Plenel et Médiapart, Colombani et Slate, les anciens de Libé à rue89- se lancer dans un projet web révolutionnaire et surtout lequel? Voilà peut-être une piste. Pourtant, on se pince, quand on entend le presque journaliste préféré des Français crier sur toutes les antennes son amour de la littérature, unique priorité de sa nouvelle vie et bla et bla et bla. PPDA ne mentionne jamais sa nouvelle passion pour les jeux d’argent dont il serait la caution journalistique et morale.
Sans démentir, la collaboratrice du journaliste répondait il y a peu à 20 minutes: «C’est une idée en l’air qui n’est pas concrétisée, rien n’est fait». D’autant que le projet pariactu.com paraît à ce stade bien léger alors que le petit monde du numérique annonçait du «lourd». Le recrutement des équipes techniques et éditoriales a été lancé depuis la rentrée, le site en phase beta devrait arriver dans sa version définitive avec «deux médias partenaires de tout premier ordre».
Pariactu.com est la filiale française de la société Betting on News, société de paris prédictifs immatriculée au Registre du commerce d’Angleterre Ltd. Passons sur l’intérêt – outre financier évidemment – pour une « edette de la télévision» de se porter caution «morale» d’un site de paris en ligne sur l’actu, dont la démarche éditoriale semble limitée si ce n’est inexistante aujourd’hui. En revanche les marketers adorent. Contrairement à ce qui se dit ici où là, pariactu.com n’est pas une première mondiale, cela fait déjà plusieurs années que les Américains et les Anglais se sont ouverts au marché des paris prédictifs sur l’actualité.
Spécialiste en «marchés de l’information», d’après ce que dit son CV officiel, ancien journaliste, Emile Servan Schreiber, descendant de la lignée du même nom a créé en 2000 la société Newsfutures qui assure déjà un système de paris prédictifs sur l’actualité pour Sciences et Vie. Le but du jeu: spéculer sur l’actualité et gagner l’argent de ceux qui se trompent. Newsfutures se revendique plus comme un site d’opinion que comme une banale loterie. Le principe est celui du Betting exchange: vous ne pouvez parier que si d’autres parieurs sont près à échanger un pari avec vous.
Dans un entretien accordé à Libération en juin 2007, il expliquait que «les marchés d’actualité sont rien de moins qu’une nouvelle manière de «produire de l’information» en se servant de cette intelligence collective dont on affuble régulièrement notre nouvelle société en réseau». Le journalisme du futur! Rien que ça.
Evidemment, les esprits taquins ne verront là qu’une nouvelle forme de «monétisation de l’information», comme on dit dans le monde 2.0. Une question de fric. Et pourquoi pas, après tout?
D’après Emile Servan Schreiber qui, en fait son cheval de bataille, les paris prédictifs s’avéreraient, en fait, plus crédibles que les sondages d’opinion et viendraient ainsi enrichir l’offre éditoriale.
La main invisible du marché envisagé comme indicateur prospectif quasi-infallible de l’actualité. Un artefact à peu près aussi crédible que les sondages. Au début de 2008, NewsFutures et de nombreux autres marchés de la probabilité ont placé le sénateur Barack Obama en tête dans les primaires du New Hampshire primaires à plus de 80 pour cent. C’est son adversaire à l’investiture présidentielle démocrate, Hillary Clinton, qui a remporté le gros lot. Evidemment les exemples qui prouvent le contraire sont aussi légions. C’est le principe même de la loterie, même quand il s’agit de l’actualité. Par définition, l’événement «ultime» relève de l’imprévisible, sinon de l’inimaginable. Les jeux ne sont pas encore faits.
Source: Marianne2












